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Consommateurs : sommes-nous réellement responsables du changement climatique ?

Consommateurs : sommes-nous réellement responsables du changement climatique ?

Par Auriane JONQUET le 01/05/2020 à 11:09

Eté 2019, les canicules en France et les vagues de chaleur dans le monde se multiplient. Les glaciers fondent, nous avons perdu 60% de notre biodiversité. Les scientifiques, rapports du GIEC, professionnels de santé sont de plus en plus nombreux à tirer la sonnette d'alarme. Pourtant, malgré les efforts que nous fournissons pour soulever ces problèmes, nous ne sommes pas encore assez nombreux en France pour empêcher la politique de l'autruche qui frappe nos systèmes occidentaux. La fast fashion, le suremballage et les déchets sont toujours aussi présents dans nos quotidiens malgré les discours culpabilisants de la société à propos de l'environnement. Mais le consommateur est-il réellement responsable de la dégradation de celui-ci ?

De prime abord, nous pourrions répondre que oui, pourtant le sujet mérite d'être approfondi. En effet, la responsabilité est la capacité de prendre soi-même des décisions. Or, nous sommes conditionnés dans une société dite capitaliste. Le capitalisme si on reprend sa définition est un système politique et économique reposant sur la propriété privée, le libre échange sur des marchés et la libre concurrence. Ce système, nous y sommes nés et notre scolarité et notre éducation en sont impactés. Il faut avoir de bonnes notes à l'école pour trouver un bon travail pour avoir un bon salaire. Tout est affaire de compétition et dès la plus tendre enfance, nos jeux sont orientés vers « celui qui gagne » comme si la coopération ne permettait pas de tirer satisfaction d'une situation.

Avec une optique de croissance telle que nous la connaissons, l'Etat et les entreprises ont créé tout une machinerie dont il est difficile de se sortir sans effort. Le développement durable est le nouveau moteur de l'économie. Le gouvernement encourage les entreprises à produire plus pour gagner plus afin de la faire fonctionner. Les taxes en France sont de plus en plus importantes ce qui encourage également les entreprises à délocaliser leur production afin de faire profiter de bas prix pour générer toujours plus de bénéfices. Les produits, souvent fabriqués en Asie et dont l'impact carbone dépasse tout entendement, sont bien souvent de mauvaise qualité et entretiennent l'obsolescence. Les coûts carbone liés au transport (un jean fera 1,5 fois le tour du monde avant d'arriver en Europe), l'utilisation excessive de l'eau pour la fabrication de vêtements (20 000 litres d'eau pour fabriquer un t-shirt en coton), la pollution des sols et de l'eau liés aux produits chimiques et de traitement pour les habits (présence de brome, « demain tous, crétins »), les conditions de travail précaire dans les pays en développement (scandale du Rana Plaza) entretiennent la spirale infernale de la dégradation de l'environnement. L'obsolescence se retrouve partout autour de nous : fast fashion, mises à jour qui rendent le matériel électronique rapidement obsolète, décorations d'intérieur qui changent à toutes les saisons, produits de mauvaise qualité etc.

Pour qu'une entreprise fonctionne, elle doit aujourd’hui être dans une optique de croissance. Qui dit croissance, dit augmentation du chiffre d'affaire d'années en années ce qui signifie toujours plus de production et toujours plus de clients pour faire du chiffre. La cible est donc de plus en plus grande afin de satisfaire toute la population. Les publicités et le marketing sont tellement bien ficelés qu'ils ont une place prépondérante dans le budget d’une entreprise. A l'aide de biais cognitifs, les industriels arrivent à dégrader l'image que nous avons de notre corps, à nous créer des complexes afin de déclencher une pulsion d'achat sensée nous apporter réconfort et apaisement. Les canaux de diffusion sont de plus en plus importants avec l'arrivée des téléphones et des réseaux sociaux. Nous sommes soumis en moyenne à 8000 publicités par jour entre le métro, train, rue, devantures de magasins, stades, télévision, réseaux sociaux, publicité dans les boites aux lettres ou encore dans les magazines. Il est impossible d'échapper à la publicité. Le marketing est très bien ficelé : en plus de la pulsion d'achat que les industriels développent, une déculpabilisation de l'achat se crée. En déculpabilisant l'achat, on déculpabilise aussi de jeter (Non, le recyclage n'est pas une solution durable à long terme). Exemple fort lorsque Coca Cola a décidé d'abandonner la consigne au profit des bouteilles en plastique : « pas grave elles se recyclent ». Le consommateur est rassuré, il peut continuer à consommer sans changer son quotidien. Mais en France nous ne recyclons que 22% de nos déchets.

Pour les scientifiques de plus en plus présents sur les chaines médiatiques, les lobbys se font une joie de les décrédibiliser afin de renforcer l'idée que les écolos sont à la marge et un peu utopistes. C'est ainsi que Greta Thunberg se retrouve la cible de beaucoup de détracteurs, faisant ainsi douter les personnes qui auraient la capacité de rejoindre le mouvement créant ainsi des réactions telles que : « à quoi bon ? » ou encore « puisqu'on est foutu autant profiter à fond ».

Enfin une politique de lobby est clairement présente en France. Le gouvernement est pieds et poings liés (du point de vue du capitalisme). Le système en place encourage donc la dégradation de l’environnement et y contribue grandement en manipulant la population et donc le consommateur afin qu'il continue de rester dans le système en place. Si nous abordons cette question d'un point de vue ESE, il en ressort trois points :
– Ethique : paupérisation de la population et manipulations qui encouragent à consommer à bas prix qu'importe l'origine des vêtements et de la nourriture.
– Santé : lobby pharmaceutiques et agricoles implantés en France qui encouragent la prise de médicaments après avoir produit toutes sortes de pesticides qui nous empoisonnent. Aujourd'hui, les semences sont stériles et demandent l'utilisation de pesticides pour pousser. Les produits tels que le glyphosate sont omniprésents dans notre consommation et participent à la dégradation des sols et l'empoisonnement des populations. Les perturbateurs endocriniens sont présents dans nos produits cosmétiques, vêtements, meubles et causent des soucis hormonaux importants (cancers de thyroïde, pubertés précoces etc.)
– Environnement : green washing de plus en plus présent grâce au « développement durable » et déculpabilisation d'achat qui pousse à consommer sans se soucier des impacts environnementaux.

Cependant, même s’il est facilement démontrable que le gouvernement et les industriels sont responsables de la dégradation de l'environnement, il faut néanmoins le nuancer car le consommateur à la possibilité de devenir acteur de sa vie et de sa consommation.


« Dire qu'il suffirait que personne n’achète pour que ça ne se vende pas » - Coluche

Si nous reprenons notre définition de la responsabilité, il faut que le consommateur réponde de ses actes. Nous sommes acteurs de nos choix, de nos modes de vie et de l'impact que nous avons sur le monde. Les solutions ainsi que les sources d'information ont été de plus en plus présentes ces dernières années ce qui permet à tout un chacun de s'informer. De nos jours, dire que nous ne sommes pas au courant du réchauffement climatique est impossible, d'une façon ou d'une autre nous avons conscience des changements qui sont en train de s'opérer autour de nous. Les renier, les amoindrir ou encore les ignorer fait partie de la politique de l'autruche.
Le temps des excuses est révolu, nous devons changer et cela passe par une prise de conscience personnelle et collective ainsi que par une volonté de changement.

Le développement de l'esprit critique est plus que nécessaire dans cette étape de bouleversement. En effet, les médias ne sont pas objectifs et il est intéressant de croiser les sources afin d'avoir l'information la plus fiable possible. Les médias alternatifs comme « Médiapart » ou encore « la relève et la peste » sont de fiables précurseurs d'une nouvelle presse. Nous avons besoin de nous replonger dans des livres, documentaires qui remettent en question nos modes de vie. La plateforme IMAGO est une source de films positifs qui redonnent de l'espoir et permettent de développer notre esprit critique.

Nous sommes sans cesse à la recherche du bonheur alors qu'il est sous nos yeux : simplicité et cohérence. Et ce sont ces deux choses qu'il est difficile d'obtenir car notre éducation nous a poussé à toujours plus posséder quitte à acheter des objets néfastes pour notre planète. La possession, loin de rendre heureux, entraine de plus en plus de frustrations et développe toujours plus notre besoin de posséder. Nous avons négligé notre Mère pour nous rendre meilleurs mais nous nous sommes perdus. Aujourd'hui, il est grand temps d'assumer ses responsabilités et de prendre les choses en main dans notre quotidien.

Commencer dans le zéro déchet, c'est s'ouvrir à une vision complètement différente de la vie car le zéro déchet ne se limite pas à la poubelle. Il est partout autour de nous et nous amène à nous reconnecter avec nous même pour trouver la paix. En développant notre esprit critique, nous pouvons alors nous apercevoir au fur et à mesure des différents impacts de la publicité sur notre estime de soi et des autres. C'est développer du lien social à travers l'échange, le partage et la communauté. C'est allier respect et empathie pour son prochain en prêtant du matériel et des services. C'est se rendre utile à l’être humain et ainsi redonner du sens à la vie. C'est renouer avec soi et avec une cohérence trop longtemps endormie sous les écrans. C'est aussi retrouver une santé grâce à une alimentation plus saine et moins de stress. Il est possible de changer et chacun d'entre nous en a la capacité et la responsabilité.

De plus en plus de solutions existent et permettent une transition en douceur afin d'amorcer un changement durable. Les producteurs locaux et bio sont en plein développement et nous constatons un retour de l'alimentation locale comme une habitude de vie. Les grandes surfaces tentent encore de promouvoir leurs produits en ce sens, mais il est agréable de voir l'engouement des consommateurs autour du petit artisan. Vivre simplement dans un monde en pleine expansion est aisé. Les transports en commun sont monnaie courante dans les grandes villes, l'usage du vélo est de plus en plus fréquent pour se déplacer, la marche est redevenue une activité à la mode. Les produits en bois, biodégradables ou encore durables sont également de sortie et permet une nouvelle révolution de la consommation. Produits d'hygiène féminine, pour la salle de bain, la cuisine, le réutilisable est partout et deviens de plus en plus accessible. Les vide greniers, trocs, échanges de services ont une image plus sympathique et les applications de dons, covoiturage, entraide, voient le jour rendant ludique la vie en communauté. Le retour à des valeurs humaines loin de la société de consommation rassemble et renforce l'esprit de groupe et crée ainsi plus de cohérence et d'espérance.


Pour conclure, il est important de rappeler que nous sommes soumis à une forte pression de la société. Aujourd'hui, c'est tout un système qui est à revoir pour sortir de cette crise de la meilleure des façons. Des efforts sont à mener sur tous les fronts, autant pour le gouvernement, les entreprises et nous-même. Pour qu’un système change, il faut de nombreux acteurs tels que nous qui semons des graines partout où nous passons. Eduquer les mentalités, faire de la prévention et surtout ne jamais cesser d'espérer scelle la force du collectif. Le collectif doit primer sur l'individuel. C'est dans le partage, l'échange, la communauté que nous trouverons la force d'avancer. S'entourer de personnes qui nous font du bien et qui se battent pour ce qui est juste nous permet de mieux vivre ensemble et surtout de collaborer.

« Tout le monde mérite de vivre mieux avec moins » - EDENI